Notre ambition : imaginer le modèle social du XXIe siècle

L’ambition de l’Institut pour l’innovation économique et sociale est de proposer des solutions pour imaginer un « modèle social » adapté aux enjeux du début du siècle. Nous retenons une acception large de la formule, considérant qu’entrent dans notre périmètre d’investigation l’ensemble des institutions et législations gouvernant la protection sociale (dont la Sécurité sociale), mais aussi le marché du travail, les politiques sociales, le système éducatif...

Motif coin large

Tour à tour décrié (trop cher et inefficace) ou glorifié (amortisseur de crise), le modèle social est au cœur d’innombrables polémiques. Optimiser le modèle, l’étendre, le refonder… Plusieurs thèses coexistent, sont abondamment documentées, finement argumentées et âprement défendues. La controverse n’a jamais été tranchée et continue d’agiter le monde des experts. Nous pensons pour notre part que ce débat est d’une brûlante actualité, que les acteurs et bénéficiaires du modèle doivent y participer pour en renouveler les termes et, surtout, qu’il importe que ce bouillonnement débouche à court et moyen termes sur de réelles transformations.

Nous ne prétendons aucunement promouvoir un schéma prêt à l’emploi. La complexité des réalités sociales, culturelles, économiques ne s’appréhende pas d’un bloc aux risques de la trahir en partie ou de générer de prétendues oppositions qui stérilisent le débat. Aussi nous garderons-nous de toute vision excessivement simplificatrice. Des enjeux d’une telle complexité appellent de multiples réponses –simples ou sophistiquées – qui doivent être élaborées avec pragmatisme. Nous faisons le pari que, progressivement, la mise en perspective de ces solutions préfigurera les contours d’un modèle alternatif.

Cette démarche résolument empirique est portée par une vision : celle d’une France de la croissance, de la cohésion, de la confiance et des compétences. Elle repose également sur un socle de convictions qui balisent notre territoire de réflexion et inspirent notre action.

Notre modèle social n’est plus adapté aux enjeux de ce siècle

Notre postulat de départ est sans appel : oui, notre modèle social doit être profondément modifié. Réformé, refondé, transformé, « disrupté », réinventé, construit sur de nouveaux paradigmes… Peu importent les termes. Nous devons en réinterroger les fondements. Fruit de notre histoire et de notre culture, il est aussi imprégné de « grandes pathologies »1 typiquement françaises (entre autres, l’aversion au risque et le fantasme de l’égalitarisme) dont nous pouvons espérer guérir un jour. Nous devons imaginer des systèmes, construire des dispositifs qui constituent autant de réponses à la hauteur des enjeux actuels et à venir.

Passons à la vitesse supérieure

Or, c’est notre deuxième conviction, des risques systémiques nous guettent et de profondes transformations sont à l’œuvre. Si les tendances lourdes sont bien identifiées – transitions démographique et énergétique ; déséquilibre des finances publiques et endettement excessif ; renouvellement des générations ; révolution numérique –, le double phénomène de combinaison et d’accélération de ces tendances l’est moins. Chacun peut ainsi ressentir, voire affirmer, la nécessité et l’urgence du changement mais constater que l’inertie perdure. Nous devons impérativement passer à la vitesse supérieure pour adapter nos institutions aux conséquences de ces bouleversements.

Dépassons enfin les idéologies pour proposer des réponses concrètes

Pour cela, nous devons réussir à nous extraire du carcan des idéologies et des concepts datés. Ces totems et tabous auxquels nos esprits français, parfois malgré nous, sont très attachés, fonctionnent comme des œillères qui nous empêchent de voir que nos attentes ont changé et que les formes prises par les politiques publiques sont parfois obsolètes. Nous sommes convaincus qu’il faut dorénavant partir des objectifs poursuivis, eux-mêmes intimement liés aux besoins, situations, capacités des individus, pour voir comment les atteindre. Il faut réfléchir aux voies et moyens de mobiliser la palette croissante d’acteurs et d’institutions, comme les innovations technologiques, économiques, sociales et financières, pour élaborer des solutions.

La liberté et la responsabilité sont les deux poumons de cette réinvention collective

Quatrième conviction, la liberté et la responsabilité sont, de notre point de vue, deux valeurs cardinales qui fondent l’essence même de notre citoyenneté et doivent être défendues et promues. La révolution numérique le commande tout comme elle le rend possible. C’est pourquoi nous devrons probablement passer d’un modèle largement refermé sur lui-même qui confine, qui compense, qui sous couvert d’une approche faussement collective et solidaire prône en réalité la protection de certaines situations acquises, à un modèle ouvert qui met l’individu en capacité d’opérer ses choixau sein des collectivités humaines, économiques et sociales, favorise les initiatives personnelles et collectives et accepte le risque et sa contrepartie, la réussite.

L’entreprise est au cœur de ce futur modèle social

Nous considérons que l’entreprise, quels que soient les tailles, les secteurs, les statuts, est légitime pour penser et intervenir sur ce sujet et qu’elle a le devoir de le faire. Les entreprises sont aux avant-postes de ces mutations, qu’elles soient grandes ou petites, internationales, confrontées aux hoquets du monde ou dans les territoires. L’entreprise doit et apprend à réagir car elle se sait mortelle. L’entreprise est l’un des piliers de la société : elle la finance très largement et en prend en charge, sous différentes formes, des pans entiers. Or, cette tendance devrait s’accentuer. Nous pressentons que l’entreprise sera de plus en plus fréquemment appelée à intervenir sur le champ social : l’Etat ne peut pas tout faire, l’Etat ne doit pas tout faire.

Cependant, nous affirmons avec force que l’entreprise n’a pas à se substituer à l’Etat au seul motif que celui-ci le lui enjoindrait. Elle le fait déjà en partie au titre de sa responsabilité sociale (RSE), parfois bien au-delà des exigences fixées. L’entreprise peut intervenir sur des missions réputées relever de la sphère publique à condition que cette action soit conforme à son intérêt. Or, les entreprises – et certaines d’entre elles l’ont intégré de longue date – n’ignorent pas que leurs clients et leurs collaborateurs attendent d’elles qu’elles s’engagent et agissent davantage au bénéfice de l’intérêt général. Dès lors, il pourra entrer naturellement dans leurs aspirations voire leurs objectifs de chercher à répondre à certains besoins de la collectivité et d’innover, sous toutes les formes, pour satisfaire ces besoins émergents. En d’autres termes, ce ne sont ni l’objet de l’entreprise, ni sa finalité qui changent mais les relations que les acteurs, tous statuts confondus (Etat, entreprises mais également bien-sûr, institutions publiques et privées, associations…), tisseront pour apporter, au cas par cas, des réponses au mieux des intérêts de tous.

2IES – Fabrique d’idées concrètes

Sur la base de ces convictions, les contours d’un nouveau schéma semblent s’esquisser. Notre intuition – et notre démarche consistera à la mettre à l’épreuve des faits – est qu’il faut concevoir de nouvelles formes d’engagement et d’articulation des rôles de chacun, dans le respect de sa vocation. Notre ambition n’est autre qu’à partir de l’analyse de difficultés et de l’élaboration de réponses, de préfigurer ce qu’il pourrait être.

1 Expression empruntée à Alain Duhamel, « Les pathologies politiques françaises », Ed. Plon, 2016.

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